Wildlife, la famille en équilibre

1070330.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxxSans jamais produire d’images kitsch des Etats-Unis au cours des années 1960, Paul Dano joue subtilement de ce cadre pour servir le propos de son film. C’est avec habileté que sont parsemés morceaux rétro et robes parapluie, comme les indicateurs d’un rêve américain auquel tout le monde n’a pas accès…

Ainsi, dans Wildlife on entre dans l’intimité de la famille Brinson, tiraillée entre le désir de correspondre au modèle préconçu de la famille Américaine, et les aspirations personnelles qu’il faut sacrifier pour cela… La thématique des feux de forêt qui se propagent vient alors corroborer un équilibre familial qui se brise.

En explorant de l’intérieur l’idée de famille, Paul Dano joue d’un va-et-vient entre sphère publique et sphère privée. On assiste alors à différents points de rupture, à travers le regard de Joe (le fils), en situation d’observateur impuissant.

De plus, chaque personnage incarne à sa manière le désir de se réinventer, perpétuellement. D’abord, Jerry, le père, qui dans sa quête du travail idéal, amène sa famille à déménager au gré des opportunités.

Si Jeannette, sa femme, ne supporte plus cette instabilité, elle semble alors se glisser dans divers costumes, donner à voir différentes facettes… Parce qu’après tout, aux Etats-Unis, on peut être qui on veut (?) Une très belle scène illustre ce propos : la mère, face à son fils, dans un diner, devient une inconnue. Elle demande : que penses-tu de ton nom ? Et lui, la questionne : quel âge as-tu ?

On oublie parfois, d’ailleurs que le fils a quatorze ans, car dans ce trio familial les rôles s’échangent, un équilibre se perd, d’autres s’improvisent…

Pour son premier film, Paul Dano, semble finalement poser la question suivante : comment se réinventer, face à la désillusion du rêve américain ?

Si le film se distingue par sa maîtrise technique, l’impuissance du fils, voire sa passivité,  face à l’éloignement de ses parents laisse par moment le spectateur à distance ; jusqu’à ce que cela se renverse, lors de la dernière scène.

Zoé Jean-Toussaint

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TOP 10 films des Ambassadeurs 2018

N°10 : Blindspotting

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Réalisateurs : Carlos Lopez Estrada

Date de sortie : 3 octobre 2018

Synopsis : Encore trois jours pour que la liberté conditionnelle de Collin prenne fin. En attendant de retrouver une vie normale, il travaille comme déménageur avec Miles, son meilleur ami, dans un Oakland en pleine mutation.
Mais lorsque Collin est témoin d’une terrible bavure policière, c’est un véritable électrochoc pour le jeune homme. Il n’aura alors plus d’autres choix que de se remettre en question pour prendre un nouveau départ.

Prix de la Critique du Festival du Cinéma Américain de Deauville 2018

 

N°9 : Under the Silver Lake

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Réalisateur : David Robert Mitchell

Date de sortie : 8 août 2018

Synopsis : À Los Angeles, Sam, 33 ans, sans emploi, rêve de célébrité. Lorsque Sarah, une jeune et énigmatique voisine, se volatilise brusquement, Sam se lance à sa recherche et entreprend alors une enquête obsessionnelle surréaliste à travers la ville. Elle le fera plonger jusque dans les profondeurs les plus ténébreuses de la Cité des Anges, où il devra élucider disparitions et meurtres mystérieux sur fond de scandales et de conspirations.

6 Nominations Cannes 2018 

N°8 : A star is born

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Réalisateur :  Bradley Cooper

Date de sortie : 3 octobre 2018

Synopsis : Star de country un peu oubliée, Jackson Maine découvre Ally, une jeune chanteuse très prometteuse. Tandis qu’ils tombent follement amoureux l’un de l’autre, Jack propulse Ally sur le devant de la scène et fait d’elle une artiste adulée par le public. Bientôt éclipsé par le succès de la jeune femme, il vit de plus en plus de mal son propre déclin…

 

N°7 : La forme de l’eau 

Réalisateur : Guillermo del Toro

Date de sortie : 21 février 2018

Synopsis : Modeste employée d’un laboratoire gouvernemental ultrasecret, Elisa mène une existence morne et solitaire, d’autant plus isolée qu’elle est muette. Sa vie bascule à jamais lorsqu’elle et sa collègue Zelda découvrent une expérience encore plus secrète que les autres…

4 Oscars 2018 dont Meilleur film; Meilleur réalisateur…

N°6 : Girl

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Réalisateur : Lukas Dhont

Date de sortie :  10 octobre 2018

Synopsis : Lara, 15 ans, rêve de devenir danseuse étoile. Avec le soutien de son père, elle se lance à corps perdu dans cette quête d’absolu. Mais ce corps ne se plie pas si facilement à la discipline que lui impose Lara, car celle-ci est née garçon.

Caméra d’Or Cannes 2018

N°5 : Call me by your name

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Réalisateur :Luca Guadagnino

Date de sortie : 28 février 2018

Synopsis : Été 1983. Elio Perlman, 17 ans, passe ses vacances dans la villa du XVIIe siècle que possède sa famille en Italie, à jouer de la musique classique, à lire et à flirter avec son amie Marzia. Son père, éminent professeur spécialiste de la culture gréco-romaine, et sa mère, traductrice, lui ont donné une excellente éducation, et il est proche de ses parents. Sa sophistication et ses talents intellectuels font d’Elio un jeune homme mûr pour son âge, mais il conserve aussi une certaine innocence, en particulier pour ce qui touche à l’amour. Un jour, Oliver, un séduisant Américain qui prépare son doctorat, vient travailler auprès du père d’Elio. Elio et Oliver vont bientôt découvrir l’éveil du désir, au cours d’un été ensoleillé dans la campagne italienne qui changera leur vie à jamais.

Oscar du Meilleur Scénario Adapté 2018 

 

N°4 : Une affaire de famille

Réalisateur : Hirokazu Kore-eda

Date de sortie : 12 décembre 2018

Synopsis : Au retour d’une nouvelle expédition de vol à l’étalage, Osamu et son fils recueillent dans la rue une petite fille qui semble livrée à elle-même. D’abord réticente à l’idée d’abriter l’enfant pour la nuit, l’épouse d’Osamu accepte de s’occuper d’elle lorsqu‘elle comprend que ses parents la maltraitent. En dépit de leur pauvreté, survivant de petites rapines qui complètent leurs maigres salaires, les membres de cette famille semblent vivre heureux – jusqu’à ce qu’un incident révèle brutalement leurs plus terribles secrets…

Palme d’Or du Festival de Cannes 2018

Bande-annonce

 

N°3 : Leto

Réalisateur : Kirill Serebrennikov

Date de sortie : 5 décembre 2018

Synopsis : Leningrad. Un été du début des années 80. En amont de la Perestroïka, les disques de Lou Reed et de David Bowie s’échangent en contrebande, et une scène rock émerge. Mike et sa femme la belle Natacha rencontrent le jeune Viktor Tsoï. Entourés d’une nouvelle génération de musiciens, ils vont changer le cours du rock’n’roll en Union Soviétique.

6 nominations Cannes 2018 

 

N°2 : Burning

Réalisateur : Lee Chang-Dong

Date de sortie : 29 août 2018

Synopsis : Deux hommes et une femme dans leur vingtaine sont réunis par un étrange événement. L’un des hommes prétend être pyromane.

Vainqueur du Prix Fipresci – Compétition officielle Cannes 2018 

 

N°1 : First Man : Le premier homme sur la Lune

Réalisateur : Damien Chazelle

Date de sortie : 17 octobre 2018

Synopsis : Pilote jugé « un peu distrait » par ses supérieurs en 1961, Neil Armstrong sera, le 21 juillet 1969, le premier homme à marcher sur la lune. Durant huit ans, il subit un entraînement de plus en plus difficile, assumant courageusement tous les risques d’un voyage vers l’inconnu total. Meurtri par des épreuves personnelles qui laissent des traces indélébiles, Armstrong tente d’être un mari aimant auprès d’une femme qui l’avait épousé en espérant une vie normale.

3 nominations Mostra de Venise 2018 

Une Affaire de famille ou comment définir la famille ?

Plongé au cœur de la pauvreté au Japon, nous découvrons une famille sur laquelle nous imaginons instinctivement leurs liens : la grand-mère, le père, la mère, la grande sœur et le petit frère. Ainsi, la petite fille, que l’on imagine battue, recueillie par cette famille au début du film nous paraît arrivée comme un cheveu sur la soupe. Pourtant, tout au long du film les dialogues nous font dire qu’il y a quelque chose de différent par rapport à la famille traditionnelle. En effet, Kore-Eda nous interroge sur la famille, sa définition, ce que nous imaginons et attendons d’elle.

Une affaire de famille

           Faisons-nous parti d’une seule et même famille unie par le lien du sang ? Le sentiment  d’appartenance ? Peut-on choisir sa famille ? Ne la choisis-t-on pas ? A toutes ces questions, Kore-Eda en montre par le portrait de chaque membre de la famille toute la complexité. Kore-Eda nous fait entrer, par la multitude de plan rapproché, dans la profonde intimité de cette famille dont nous ne connaissons rien et que nous apprenons à connaître. On se rend compte au fur et à mesure des interactions que cette famille est unie non pas par un unique lien de sang ou financier mais par quelque chose qui nous échappe à nous comme aux personnages.

           En suivant leur quotidien, on observe pourtant une famille tout à fait normal, qui s’aime avec des défis de la vie qui les rapproche ; est-ce peut-être cela qui fait qu’ils sont unis ? Néanmoins, cette famille n’est peut-être pas aussi belle que nous l’avions cru et cette dernière cache sous ses airs de joie ses plus sombres parties, ses mensonges, ses vérités cachées.

           Kore-Eda réussit dans ce film, primé par la Palme d’or 2018 à Cannes, un coup de maître en nous faisant basculer du côté de la pauvreté le sujet de la famille qui est au cinéma la plupart du temps traité dans le milieu de la classe moyenne et bourgeoise. D’autant plus que Kore-Eda ne s’arrête pas au simple problème matériel de la famille qui l’a créé (pourtant central) mais s’envole du côté du lien immatériel qui unit les membres de cette famille ; car qu’importe le rang social, l’immatériel compte toujours autant.

Josselin

Critique de la Palme d’Or : Une affaire de famille

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J’ai fait exprès de me faire prendre, déclare Shôta, comme la conclusion d’une affaire, un deal… Et finalement, est-ce que ce n’est pas un peu ce qu’on est venu chercher, nous, en tant que spectateur ? Se faire prendre au jeu. Accepter d’y croire. Se laisser bercer, se faire adopter, et puis se séparer…

Hirokazu Kore-eda réussit en deux heures de projection à faire de nous un enfant. On passe alors de l’enfance à l’âge adulte,  s’identifiant à tour de rôle à chacun de ces six personnages.

Mais quelle est l’affaire en question ? Quel est le deal ici ? D’abord, on se laisse adopter par cette famille : bancale, décousue, imparfaite mais chaleureuse. On entre alors dans un récit initiatique sur le vivre ensemble, la cohésion, la famille de cœur, celle qu’on se choisit… Et puis, comme il faut grandir, prendre son autonomie, le réalisateur nous donne à voir autre chose : une société qui s’individualise, et dans laquelle, après avoir échangé un peu d’amour, chacun retourne à sa solitude.

Les plans presque en face-caméra du dernier quart d’heure confirment ce discours, et pourtant, le réalisateur semble apporter un élément de résolution en nous donnant à voir la complicité et la force de cette famille arrangée, en dehors de tout modèle prédéfini…

Hirokazu Kore-eda porte alors un regard sur ce qui maintient notre société actuelle. Est-ce l’argent, l’amour, les liens du sang, les liens du cœur ? Kore-eda pose finalement la question suivante : qu’est ce qui nous unie, nous rassemble ?

C’est dans un murmure, presque de l’ordre de la pensée, que Shôta prononce papa, comme un secret pour lui-même ; de même, le Merci pour tout, chuchoté par la grand-mère, sans vraiment oser le partager.

Le film ne tombe jamais dans le ballotage émotionnel, et en même temps on le quitte avec la même solitude que les membres de cette famille temporaire,  recomposée-décomposée.

Pêle-mêle : Célébration, Perfect et Helraiser II

Célébration d’Olivier Meyrou

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           Célébration entre au cœur de la Fondation Pierre Bergé – Yves Saint Laurent ; en filmant les créateurs de la haute couture française dans leur intimité. Le documentaire qui est un genre risqué peine souvent à se réapproprier les codes du cinéma de genre, mais ici, Célébration se révèle être cas d’école sur les manière de raconter une histoire. Le cadrage, la narration et l’usage réfléchit du noir et du blanc font entrer le spectateur dans cette fin d’aventure de la fondation. Plutôt osé sur le thème, il s’agit avant tout pour le réalisateur de « Raconter une histoire humaine ». Cependant, même si cette aventure humaine, en compagnie du génie distant Yves-Saint-Laurent, est exceptionnelle, l’arrière-fond de ce milieu protéiforme se révèle plus complexe qu’un simple milieu de création. En effet, la haute couture présenté par le réalisateur est à la fois ce lieu pur de création artistique mais aussi (pour un spectateur qui s’accroche à l’implicite, aux non-dits), au milieu des apparences, des illusions, gangrenés par l’argent.

           Célébration, malgré toutes ses qualités, pose la question du documentaire de commande. Le film contribue à l’élaboration d’un véritable mythe, quasi religieux autour d’Yves Saint-Laurent, alors qu’un engagement plus critique et plus politique aurait complété plus justement l’aventure humaine et artistique. Sans rentrer dans le débat de « l’objectivité vs subjectivité », il faut au moins se poser la question du public visé ; Célébration est élitiste et s’adresse à un public plutôt de droite, (même si une petite porte est ouverte à la critique sociale et politique).  Au final, on sent qu’il est difficile pour le film de remettre en question les choix de la Fondation, d’être critique. Mais Célébration a déjà le mérite d’exister, et ça n’est pas rien.

Perfect d’Eddie Alcazar, Mars 2018

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           Ayant commit un meurtre, un gosse de riche est envoyé dans une clinique quelque peu étrange. Se soigner consiste à changer les parties de son corps, peu à peu, afin de remplacer les pièces défectueuses et à terme, atteindre la  »perfection » avec des pièces plus pures. Film d’anticipation choquant, le désir humain y est décortiqué afin de montrer les dérives des réponses technologiques. Par un prisme fantastique, Perfect, fait éprouver au spectateur un rejet viscéral de l’idéal et du corps « améliorés ». Avec de mauvais jeu de mot, le film n’est pas parfait non-plus, attendez-vous à quelques longueurs et répétitions : Perfect aurait gagné à être d’un format plus court.

           Sans doute pas autant novateur qu’un Blade Runner sur l’anticipation, Perfect n’en est pas moins juste, et renouvelle par ailleurs fortement les outils narratifs, avec un mélange des genres.

 

Hellraiser II, de Tony Randel, 1988.

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           Les critiques traditionnelles ont souvent déconsidérés le cinéma d’horreur, dommage, c’est passer à côtés des merveilles que propose le genre. Genre de l’imaginaire par excellence, l’Horreur déploie sans tabous, sans limites les inavoués et les refoulés de l’Humain. Sous prétexte d’emmener ses personnages dans une dimension démoniaque, Hellraiser II emporte le spectateur dans des paysages intérieurs profonds. Le film révèle dans le grandiose les méandres de l’intériorité ; personnages et spectateurs sont perdus dans l’immensité d’une métaphore du labyrinthe. Ce dernier aborde l’esprit dans sa complexité. Sortir du dédale de l’horreur peut alors devenir un combat pour vaincre quelques démons intérieurs.

           Hellraiser II, sans être le film de tout les temps, montre une alternative, une altérité pure dont le cinéma a besoin pour se renouveler. Dans le microcosme de l’Horreur, il est simplement devenu un film culte.

Pêle-mêle : Capharnaüm, En Liberté et Les Utopiales…

Films sociaux : L’exemple de Capharnaüm

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           Film social parmi désormais tant d’autres, Capharnaüm essaye de se tirer hors du panier avec un élément choc : un enfant qui porte plainte contre ses parents pour l’avoir mis au monde. Le film est prenant, le scénario bien ficelé, le jeu d’acteur intéressant, et le propos de fond militant et nécessaire. Malheureusement, la narration est classique, et la réalisation peu originale. On sent qu’il s’agit pour les créateurs de raconter l’histoire à un grand public d’abord, avant d’en faire une « œuvre » cinématographique. À force de vouloir toucher le spectateur à tout prix, le film tombe dans les écueils du sentimental et de l’affect pur régulièrement.

           Après le visionnage de quelques films sociaux, il me vient quelques pensées générales à partager sur cette catégorie. De mon point de vu, elle manque cruellement d’un renouveau sur la forme et notamment sur la narration : ce qui est inacceptable dans le réel en vient à devenir banal, normal au cinéma, à force de schémas classiques et traditionnels alors que la raison d’être de ces films est justement la visée inverse. Par ailleurs, la répétition de cette forme et l’abus incessant du pathos construisent sur le spectateur que je suis une armure face à l’horreur. Ces films ne me touchent plus. 120 Battements par minutes relevait un peu le niveau rendant compte par sa réalisation de sa pugnacité, de sa combativité, jusqu’à essayer de la faire naître neuve dans le spectateur (et non re-sentir). Paradoxalement, les (bons) films de SF restent aujourd’hui de bien meilleurs films sociaux puisqu’en déployant l’avenir, ils sont une pédagogie du Présent (et du Cinéma). Quand à celui-ci, le chemin semble encore long pour réinventer le genre avec le social.

 

Comédie Française : En Liberté

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           A quelques exceptions, on passe généralement de bons moment devant une comédie, on rit, on s’attriste au quart de tour. En Liberté est le genre de film bien fait, posé, construit en détournant un peu les horizons d’attentes du spectateur pour le surprendre. Mais honnêtement, c’est tout, et c’est dommage. Plutôt que d’aller au bout d’un discours subversif, les concepts et idées sont aplanies, désinfectées pour correspondre à un large public. A l’inverse, des phases de « To Much », d’effet spéciaux à outrance, sont ratés aussi car vides de sens. C’est une déconnade… Une blague. Le titre même entache le mot Liberté, en faisant appel à un imaginaire, mais en le sabordant ensuite. En apparence une comédie qui se veut meilleure, intelligente, profonde, mais creuse à l’intérieur. En Liberté répète par ailleurs clichés et stéréotypes à tour de bras, sans jamais les dépasser suffisamment. Le cliché n’est démonté que pour atterrir sur un autre plus subtile et plus pervers encore.

           Le genre au cinéma (et dans l’art) gagnerait peut-être à n’être qu’un prisme, qu’une manière d’atteindre quelque chose, et non se cantonner à lui-même. Face aux comédies, même si j’ai ris, je ressors des salles sur ma faim au mieux quand je n’ai pas la sensation qu’on a essayé de me laver le cerveaux, ou pire de m’abrutir. Sous prétexte de faire de l’accessible, du populaire, on fait du consensuel, et on élide toute création, tout renouveau cinématographique. Alors que même si le chemin est plus dur, plus long, ça n’est pas incompatible.

Prochaine sortie à ne pas rater !

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Puisque la Science-Fiction me semblait être une solution à explorer pour combler ces quelques trous du cinéma, je vous invite à attendre la sortie en salle de Assassination Nation (Sam Levinson) prévue pour fin 2018, qui a remporté en ce mois de Novembre le Grand Prix du Jury Utopiales 2018. Indépendant hors norme, barré et déroutant, sur un genre populaire et conceptuel.

 

First Man, un homme avant tout

            Le film raconte l’histoire de Neil Armstrong sur la période 1961-1969. Damien Chazelle nous emmène avec les astronautes à la conquête de l’espace. Avec un nouveau style de réalisation à adopter pour ce jeune réalisateur puisqu’après Whiplash et La la land (deux fictions tournant autour de la musique), Chazelle s’attaque à une adaptation d’évènements réellement arrivés et de la biographie de Neil A. Armstrong par James R. Hansen. Une direction artistique qu’il réussit à la perfection. On retrouve au casting Ryan Gosling pour sa deuxième collaboration avec Damien Chazelle. Celui-ci n’est évidemment plus à présenter. Dans ce film il arrive à nous faire pleurer comme à nous faire rire. Cependant il se fait presque voler la vedette par Claire Foy dans le rôle de Janet Armstrong (la femme de Neil Armstrong) qui à chaque apparition crève l’écran par un jeu d’acteur subtil mais extrêmement efficace. Le film est long (2h20mins) et nous savons tous qu’un long film n’est pas toujours facile à suivre mais la dynamique du film nous empêche de nous ennuyer. De plus la longueur participe à nous faire ressentir l’ampleur de la mission en nous montrant chacune des étapes et de leurs conséquences parfois dramatiques. Je tiens aussi à saluer la qualité des bruitages qui nous fait prendre conscience qu’à cette époque il faut aller vite pour devancer le bloc soviétique qui a déjà gagné toutes les batailles de la course à l’espace et que les technologies spatiales ne sont encore que des balbutiements. First Man arrive à nous montrer toutes les différentes facettes de la conquête spatiale, que ce soit par les hommes politiques, les astronautes et la population et le tout en ne prenant pas parti. Il montre par ailleurs que Neil Armstrong, avant d’être le premier homme à marcher sur la lune, est un père de famille, un mari, un ami, un collègue qui a perdu beaucoup pour finalement entrer dans l’Histoire.

 

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Pour finir, je dirais que ce n’est pas le meilleur film de Damien Chazelle. Il a cependant prouvé qu’il était capable de faire autre chose mais qu’en plus il pouvait bien le faire ! J’ai déjà hâte de voir ce que Damien Chazelle nous réserve dans le futur alors que ce n’est que son troisième film.

Bref, si vous aimez l’espace, Ryan Gosling et que vous avez envie d’aller faire un tour sur la lune, foncez-y !

 

 Josselin